Katrine Turgeon : comprendre les écosystèmes pour mieux protéger la biodiversité
Chaque mois, découvrez le portrait d’une personne chercheuse de l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Ce mois-ci, nous vous proposons de découvrir Katrine Turgeon, professeure au Département des sciences naturelles et chercheuse à l’Institut des sciences de la forêt tempérée (ISFORT).
Ses travaux portent sur l’écologie aquatique et la socio-écologie, avec un intérêt particulier pour les interactions entre les écosystèmes et les activités humaines. Par ses recherches, elle contribue à une meilleure compréhension des milieux naturels afin d’appuyer la prise de décision en matière de conservation et de gestion durable des ressources.
- Quel a été l’élément déclencheur qui vous a amenée à choisir votre domaine de recherche?
Ma passion pour l’écologie et l’environnement remonte à très longtemps. Jeune, je pouvais passer des heures à capturer des insectes, des têtards et des grenouilles… au grand désespoir de mes parents ! Assez rapidement, j’ai su que je voulais faire carrière pour protéger la nature. Mon parcours s’est tout naturellement orienté vers l’écologie aquatique durant le baccalauréat. Durant mes études aux cycles supérieurs et mon parcours professionnel, j’ai eu la chance de travailler sur le fleuve Saint-Laurent, dans les rivières à saumon, dans de petits ruisseaux forestiers, dans les lacs et les réservoirs, et même sur les récifs coralliens ! L’intérêt pour la socio-écologie est venu un peu plus tard à la suite d’une discussion très éclairante avec des pêcheurs commerciaux du Lac Érié. Cette discussion m’a fait réaliser que les plans de protection de la nature et de gestion des ressources ne servent à rien si l’humain n’est pas pris en compte dans l’équation.
Pourquoi ce domaine vous passionne-t-il particulièrement?
Comprendre comment la nature fonctionne nous permet de réaliser à quel point tout est interconnecté : les plantes, les animaux, les humains, l’air et l’eau. Nous sommes interdépendants. L’écologie et la socio-écologie nous permettent de faire face aux grands défis actuels, tels que l’adaptation aux changements climatiques, la perte de biodiversité et l’augmentation globale de la pollution. Sans données probantes issues de la recherche en écologie et socio-écologie, il est difficile de trouver des solutions efficaces ou de prendre de bonnes décisions pour conserver nos écosystèmes et bien gérer nos ressources. En résumé, étudier l’écologie et l’environnement, ce n’est pas seulement apprendre des concepts scientifiques : c’est comprendre le monde dans lequel on vit et apprendre à le protéger.
- En lien avec vos travaux, quels seraient vos trois meilleurs conseils pour favoriser des pratiques durables et une meilleure relation à l’environnement?
Mes conseils pour favoriser des pratiques durables en environnement destinés aux citoyen.nes, à travers leurs choix quotidiens et leur engagement, et aux instances de gouvernance (régionale et globale), qui peut agir par de grandes orientations politiques et par des règlements. Protéger l’environnement n’est pas en contradiction avec une économie prospère !
- Conseil # 1 aux citoyen.es : Soyez un.e citoyen.ne responsable et informez-vous ! Oui, les petits gestes au quotidien sont importants et comptent ! La consommation responsable est un levier très important pour protéger l’environnement. Acheter moins et mieux, privilégier le durable et le local, réparer et réutiliser avant de recycler. Osez participer à des initiatives locales (nettoyage de berges, paniers fermiers) et informez-vous auprès de sources fiables... Et non sur les réseaux sociaux!
Conseil # 2 aux instances de gouvernances locale et régionale : Écoutez la science et adoptez une vision systémique ! Il est beaucoup plus judicieux de protéger nos écosystèmes et leurs services écosystémiques que de les remplacer par des innovations technologiques. Des écosystèmes naturels en bonne santé régulent l’eau, captent le carbone et soutiennent la vie… presque gratuitement!
Conseil # 3 à la gouvernance globale : À chaque grande crise économique ou socio-politique, il y a TOUJOURS un recul important des pratiques durables en matière d’environnement. Il est minuit moins 1 pour la planète. Nous ne pouvons plus reculer. Nous avons besoin d’une gouvernance forte qui place l’environnement parmi les grandes orientations gouvernementales.
- Quelle recommandation donneriez-vous à une personne qui envisage une carrière en recherche?
Être chercheuse en écologie est l’un des plus beaux métiers du monde, mais il faut oser prendre des risques, se fier à son instinct de biologiste, embrasser l’incertitude… et parfois faire preuve de stratégie. La recherche en écologie est passionnante et exige de la rigueur scientifique et de la persévérance (financement parfois difficile, terrain exigeant, résultats parfois longs à obtenir). Je conseillerais aussi de créer rapidement sa propre niche et de se démarquer, tout en gardant une vision interdisciplinaire, notamment avec la biologie de la conservation et les sciences du climat. Enfin, il faut être réaliste : la carrière académique est compétitive. Garde l’esprit ouvert à des débouchés en dehors de l’université (OBNL, gouvernement, firmes de consultants), où les compétences en écologie et en environnement sont très recherchées!
- Auriez-vous un livre ou une ressource à recommander pour mieux comprendre votre champ d’expertise?
J’aimerais recommander des livres très accessibles (en français) pour bien comprendre les enjeux de la crise de la biodiversité et l’importance de l’environnement.
Recommandation # 1 : Le livre Diversité : Ce que nous enseigne la biodiversité (2024) de Raphaël Proulx (professeur à l’UQTR). Ce livre, bien vulgarisé, présente les grands concepts de la science de la biodiversité et discute du rôle du biologiste.
Recommandation # 2 : Le livre Lettre aux écolos impatients et à ceux qui trouvent qu’ils exagèrent (2022) de Hugo Séguin. Ce livre présente les principales idéologies écologistes et prône un dialogue entre décideurs et scientifiques afin de trouver des solutions innovantes pour protéger l’environnement.
Recommandation # 3 : Voici une recommandation pour nos petites grenouilles (fin du primaire, début du secondaire)! Les bandes dessinées : La biodiversité (trois volumes; 2017, 2019 et 2023) par Hubert Reeves (astrophysicien et communicateur scientifique). Ces BD s’adressent à nos enfants et vulgarisent, à l’aide de magnifiques illustrations (Daniel Casavane), pourquoi la biodiversité est fragile mais si importante. Coup de cœur pour celle sur les Océans!
En savoir plus sur Katrine Turgeon
Page sur le site de l'UQO et de l'ISFORT
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