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Faire de la recherche autrement, avec et pour les familles

Portrait de chercheuse en 5 questions

Vicky LafantaisieChaque mois, découvrez le portrait d’une personne chercheuse de l’UQO. Ce mois-ci, nous vous proposons de découvrir Vicky Lafantaisie, professeure au Département de psychoéducation et de psychologie et directrice du Groupe de recherche – Action communautaire et Familles (GRACeF).

Ses recherches portent sur les situations de négligence et de vulnérabilité familiale, ainsi que sur la participation des enfants et l’action communautaire auprès des familles. Par une approche participative et anti-oppressive, elle contribue au développement de pratiques de recherche et d’intervention mieux ancrées dans les réalités vécues par les personnes concernées.

Événement à ne pas manquer

Le 20 mai prochain, de 8 h 30 à 16 h, aura lieu la troisième édition du Rassemblement annuel du GRACeF au campus de Saint-Jérôme de l’UQO. Cet événement réunira une centaine de personnes issues de différents milieux : chercheur.ses, personnes étudiantes, partenaires ainsi que travailleur.ses et bénévoles œuvrant dans le milieu communautaire du secteur famille.

En savoir plus sur l'événement

  1. Quel a été l’élément déclencheur qui vous a amenée à choisir votre domaine de recherche?

Je suis intervenante avant d’être chercheuse. C’est donc le contact avec les familles, dans le cadre de mon travail en intervention, qui m’a amenée à vouloir mieux comprendre leur réalité, mais surtout à explorer comment adapter et développer des pratiques plus cohérentes avec leurs besoins.

Je constatais également un décalage entre ce qui était présenté dans la littérature scientifique dominante et les réalités vécues par les enfants et les parents. Les résultats des recherches traditionnelles offraient souvent un portrait partiel, voire biaisé, des familles. C’est ce qui m’a amenée à m’intéresser à des pratiques de recherche alternatives qui mettent de l’avant le point de vue des enfants et des parents.

  1. Pourquoi ce domaine vous passionne-t-il particulièrement?

La famille est le socle de la société et elle influence inévitablement le parcours de vie de chaque personne. Nos expériences familiales façonnent notre développement, nos relations et notre manière d’être. Qu’elles soient positives ou difficiles, elles laissent une empreinte durable tout au long de la vie. C’est pour ces raisons qu’il me semble primordial de s’intéresser à la famille et aux différentes manières de « faire famille ».

Les méthodes de recherche participative me passionnent puisqu’elles permettent de réellement m’approcher de la réalité telle qu’elle est vécue par les personnes. Elles reposent sur la création de liens authentiques entre la personne chercheuse et les personnes participantes, ce qui m’enrichit énormément sur le plan humain, tout en favorisant la coconstruction de résultats qui représentent, à mon avis, plus fidèlement la réalité des personnes.

  1. Vous êtes spécialiste des approches participatives en protection de la jeunesse et en action communautaire. Quels seraient vos trois meilleurs conseils pour intégrer concrètement la voix des enfants et des familles dans les services, les politiques et la société en général?

  • Prendre le temps et adopter une approche relationnelle de la recherche
    Il est essentiel de consacrer suffisamment de temps à la création d’un lien de confiance avec les personnes participantes. On ne peut prétendre s’intéresser à leur expérience de vie sans établir au préalable une relation authentique. À mes yeux, il s’agit d’une posture éthique fondamentale.

  • Diversifier les moyens d’expression et d’écoute
    Les enfants, mais aussi plusieurs adultes, ne s’expriment pas uniquement par la parole ou l’écrit. Les méthodes traditionnelles, comme le questionnaire ou l’entrevue classique, ne permettent pas toujours de saisir pleinement l’expérience vécue. Il importe donc d’être attentif aux différentes façons dont les personnes communiquent leurs réalités et d’adapter nos moyens de collecte en conséquence. Le jeu, le dessin, la photo ou la vidéo peuvent, par exemple, être des outils pertinents. De plus, l’observation ne doit pas être négligée puisque, comme le souligne Lundy (2007), écouter, c’est aussi beaucoup observer.

  • Adopter un changement de posture
    Ce type de recherche invite à considérer les personnes concernées non pas seulement comme des cibles d’intervention, mais comme de véritables ressources. Leurs perspectives sont essentielles pour mieux comprendre les réalités vécues et améliorer les pratiques d’intervention.

  1. Quelle recommandation donneriez-vous à une personne qui envisage une carrière en recherche?

Rester connecté à ses valeurs et à ce qui nous anime profondément comme point d’ancrage pour réfléchir à sa programmation de recherche et à la manière de produire des connaissances.

  1. Pour celles et ceux qui aimeraient en savoir plus sur ce champ d’expertise, auriez-vous un livre ou une ressource à recommander?

Il existe de nombreuses ressources sur les approches participatives en recherche ainsi que sur des façons alternatives de concevoir l’intervention afin qu’elle réponde davantage aux besoins des personnes concernées. Je vous propose ici deux ouvrages récents, dont l’un porte sur la recherche avec les enfants et l’autre sur l’action communautaire dans le secteur de la famille.

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