Femmes et filles autochtones disparues et assassinées : Audrey Rousseau contribue à un projet de cartographie inédit
L’organisme Femmes Autochtones du Québec (FAQ) a dévoilé cette semaine une cartographie virtuelle sur les femmes, les filles et les personnes bispirituelles (FFA2E) autochtones disparues ou assassinées (ADA) au Québec, un projet rendu possible grâce aux recherches exhaustives de la professeure Audrey Rousseau, du Département des sciences sociales.
Depuis 2019, la professeure Rousseau effectue ces recherches auprès des corps policiers et des instances publiques québécoises a révélé une fragmentation importante des données statistiques sur les homicides et les disparitions de personnes autochtones.

L'organisme Femmes Autochtones du Québec (FAQ) a tenu son point de presse à Québec, le 31 mars dernier (photo: FAQ)
C’est le 31 mars dernier que Femmes Autochtones du Québec (FAQ) a convié les médias à Québec pour dévoiler la carte virtuelle. Cette importante initiative a pour but de documenter les cas/histoires souvent invisibles, sensibiliser le public et les décideurs, et honorer la mémoire des femmes, filles et personnes bispirituelles autochtones disparues ou assassinées.

La carte montre que le phénomène touche plusieurs nations autochtones du Québec. Source : Femmes Autochtones du Québec
FAQ a dévoilé les résultats préliminaires qui démontrent l’ampleur et la persistance de ces violences spécifiques (un site Web interactif sera rendu public dans quelques semaines).
Dans la province, pour la période de 1950 à 2026, c’est plus de 124 cas/histoires de femmes, filles et personnes bispirituelles autochtones disparues ou assassinées (FF2E+ADA) qui ont été documentés.
- Parmi ces 124 cas/histoires, 96 sont des femmes et des filles assassinées (dont la moitié de ces crimes commis après 2000), 14 personnes sont toujours disparues et n’ont jamais été retrouvées, et 14 personnes ont été portées disparues avant d’être retrouvées sans vie.
En raison d’une classification limitative de la catégorie « homicide » (code criminel canadien) - en relation avec les récits des familles et des proches touchés par la perte d’un être cher - le projet a choisi d’inclure des parcours de vie liés à des morts suspectes, ou encore, d’autres types de décès (circonstances aggravantes, par exemple la violence institutionnelle).
- Ainsi, c’est près de 220 FF2E+ADA qui sont aujourd’hui documentées et dont les vies doivent compter et guider des actions concrètes afin de prévenir ces violences et y répondre de manière adéquate.
« Cette cartographie permet de documenter une réalité (FF2E+ADA) encore trop peu visible au Québec, et ce, en alliant les forces de la recherche quantitative et qualitative entre l’université et le communautaire, explique la professeure Audrey Rousseau. En dépit des défis liés à l’accessibilité et à la fragmentation des données institutionnelles (notamment policières), ce projet démontre l’urgence d’agir afin d’obtenir un portrait plus juste de la situation et soutenir la mise en place d’actions concrètes. »
Pour Marjolaine Étienne, la carte met surtout en lumière une réalité que les communautés autochtones connaissent depuis longtemps, « Derrière chaque cercle sur la carte, il y a une femme, une fille, une personne bispirituelle, une famille et une communauté. Aujourd’hui, nous ne sommes pas seulement ici pour présenter des données, mais pour lancer un appel à l’action collective. La sécurité des femmes autochtones doit devenir une priorité pour l’ensemble de la société et le prochain gouvernement du Québec. Cette cartographie est un outil essentiel pour mieux comprendre, mieux agir et mieux prévenir. »
Régions les plus touchées selon la cartographie réalisée :
- Nunavik : 39 cas
- Montréal : 13 cas
- Outaouais : 11 cas
- Nord-du-Québec : 10 cas
- Côte-Nord : 10 cas
- Montérégie : 10 cas
La professeure Rousseau se spécialise dans l’étude des processus mémoriels contemporains, parmi lesquels les politiques de reconnaissance et les mécanismes de réparation d’injustices historiques par rapport aux violences coloniales et de genre subies par les peuples autochtones au Canada. Elle s’intéresse également à l’enfermement et le travail forcé de milliers de femmes dans des institutions religieuses en Irlande (18-20e siècles).
À propos de FAQ
Femmes Autochtones Québec est une organisation à but non lucratif qui représente et défend les droits et intérêts des femmes et des filles des Premières Nations sur le territoire du Québec depuis plus de 50 ans.
Le 1er avril 2026



