Stéphanie Fecteau : comprendre et réduire le stress chez les personnes autistes
Chaque mois, découvrez le portrait d’un.e chercheur.se de l’UQO. Ce mois-ci, place à Stéphanie Fecteau, codirectrice et professeure au Département de psychoéducation au campus de Saint-Jérôme.
Elle est également chercheuse régulière à l’Institut universitaire en déficience intellectuelle et en trouble du spectre de l’autisme, en plus d’être chercheuse au Groupe de recherche pour les adolescent.es et les adultes autistes (GRAADA) et au Réseau pour transformer les soins en autisme (RTSA).
- Quel a été l’élément déclencheur qui vous a amenée à choisir votre domaine de recherche?
Mon intérêt pour l’autisme s’est développé progressivement, au fil de rencontres marquantes. L’une des premières a été celle d’un enfant autiste que j’accompagnais dans le cadre de son intégration à la prématernelle. Cette expérience m’a profondément sensibilisée au quotidien des enfants autistes et de leur famille.
Par la suite, une amie m’a mise en contact avec un professeur qui cherchait une étudiante pour collaborer à une étude portant sur l’adaptation des familles d’enfants autistes à la suite de l’intégration d’un chien d’assistance. Cette rencontre a été déterminante. Elle m’a permis de découvrir un champ de recherche fascinant : celui des relations entre humains et animaux, ainsi que leur potentiel à favoriser le bien-être et l’autonomie des personnes autistes.
Après mon doctorat, j’ai poursuivi ce partenariat afin de développer et d’implanter un programme destiné aux adolescent.es autistes. J’ai été témoin de l’impact important que le stress peut avoir sur leur quotidien. Cette expérience professionnelle a suscité un intérêt particulier pour leur vécu, ce qui a mené à une programmation de recherche portant sur le stress, ses facteurs et différentes stratégies pour soutenir l’adaptation.
- Pourquoi ce domaine vous passionne-t-il particulièrement?
Ce qui me passionne dans ce domaine est d’abord la possibilité de mener une recherche avec les personnes concernées et d’avoir un impact concret sur leur vie. Mes travaux visent notamment à mieux comprendre le vécu des jeunes personnes autistes, en ce qui concerne le stress, la santé mentale et l’inclusion.
Je m’intéresse particulièrement à la manière dont les facteurs physiologiques, psychologiques et environnementaux interagissent pour influencer le bien-être et l’adaptation. Cette approche intégrative permet de développer des interventions mieux adaptées aux réalités des personnes autistes.
Enfin, j’accorde une grande importance à la recherche participative. À travers le Groupe de recherche pour les adolescent.es et adultes autistes (GRAADA), que j’ai cofondé, nous travaillons en étroite collaboration avec les personnes autistes et les milieux de pratique. Notre objectif est de produire et de partager des connaissances rigoureuses, tout en les rendant accessibles et utiles à la communauté.
Vos travaux portent aussi sur la stigmatisation comme facteur de stress. Pourquoi les mots qu’on utilise pour nommer l’autisme sont-ils importants et qu’est-ce que vos recherches révèlent sur leur impact réel sur l’identité et la stigmatisation des personnes autistes?
Les recherches du GRAADA montrent que les mots « autiste » et « trouble du spectre de l’autisme » ne sont pas anodins : ils sont porteurs de significations multiples, parfois contradictoires, qui influencent directement la manière dont les personnes autistes sont perçues et se perçoivent elles-mêmes.
Dans nos travaux, notamment auprès d’enfants et d’adultes, on observe que le mot « autiste » est souvent déjà chargé socialement, dès la première année du primaire. Il peut être associé à des stéréotypes, à des jugements ou encore utilisé dans des contextes contribuant à la stigmatisation. Cela nous amène à réfléchir non seulement à ce que les gens savent de l’autisme, mais surtout aux impacts de ces représentations sur l’inclusion et la construction identitaire.
Plusieurs personnes autistes se réapproprient ce terme comme une composante positive de leur identité, en lien avec le mouvement de la neurodiversité. Cela met en lumière une tension importante : entre un mot parfois utilisé de manière péjorative dans l’espace social et un mot qui engage l’appartenance et la reconnaissance d’une communauté. L’objectif de mes travaux est précisément de mieux comprendre ces dynamiques, en donnant une place centrale aux personnes concernées. Cette approche permet de documenter de manière nuancée comment le langage peut contribuer, selon les contextes, soit à renforcer la stigmatisation, soit à soutenir des identités positives et une plus grande inclusion.
Dans un milieu universitaire comme le nôtre, ces questions sont particulièrement importantes. Elles nous invitent à porter une attention accrue aux mots que nous utilisons en enseignement, en recherche, mais aussi dans nos interactions quotidiennes, et à reconnaître que le langage fait partie intégrante des environnements que nous construisons.
- Quelle recommandation donneriez-vous à une personne qui envisage une carrière en recherche?
Je lui dirais d’abord de choisir une question qui l’habite réellement. La recherche est un parcours exigeant, mais lorsqu’on travaille sur un sujet qui nous touche profondément, la motivation et la curiosité demeurent.
Je lui conseillerais aussi de cultiver les collaborations. Mes projets les plus riches sont souvent ceux qui réunissent des perspectives différentes et qui partent d’un besoin.
Enfin, il est important de ne jamais perdre de vue l’utilité sociale de la recherche : produire des connaissances susceptibles, à leur façon, d’améliorer la société.
- Pour celles et ceux qui aimeraient en savoir plus sur votre champ d’expertise, auriez-vous un livre ou une ressource à recommander?
Je suggère différentes ressources accessibles, dont celles développées par l’Institut universitaire en déficience intellectuelle et en trouble du spectre de l’autisme. On y trouve plusieurs outils, guides et formations fondés sur des données probantes.
Il y a également les activités de transfert de connaissances du Réseau national d’expertise en trouble du spectre de l’autisme, ainsi que celles offertes par le GRAADA.
Enfin, plusieurs ouvrages et témoignages écrits par des personnes autistes constituent des lectures particulièrement éclairantes. Je recommande surtout cet article :
Botha, M., & Frost, D. M. (2020). Extending the Minority Stress Model to Understand Mental Health Problems Experienced by the Autistic Population. Society and Mental Health, 10(1), 20-34.
En savoir plus sur Stéphanie Fecteau
- À visionner : Son passage à l’émission Journée de prof, produite par Savoir Média. Elle y explique comment réduire le stress vécu par les adolescent.es et les adultes autistes, notamment en explorant le potentiel du contact avec les chevaux pour améliorer leur bien-être. Elle y parle aussi de son implication au sein du comité de la condition féminine, qui a contribué à réduire la charge de travail des professeures revenant d’un congé de maternité. Écoutez le reportage maintenant.
- À consulter : sa page sur le site de l’UQO et son profil LinkedIn.



