Conférence de la SRC à l’UQO : un panel sur l’immigration animé par Anyck Dauphin
L’Université du Québec en Outaouais a accueilli hier (2 avril 2025), au Tonik du pavillon Alexandre-Taché, une troisième conférence de la Société royale du Canada qui présente sa série Dialogues de la SRC à l’UQO.
Trois expert·es ont participé à un panel sur un sujet d’actualités : l’immigration. Le thème Migrations durables a donné lieu à des échanges forts intéressants.
Le doyen de la recherche, Simon Beaudry, a souhaité la bienvenue au Tonik au nom de la rectrice de l’UQO, Murielle Laberge.
Anyck Dauphin, professeure au Département des sciences sociales et microéconomiste qui s’intéresse aux migrations, a dirigé les discussions qui ont mis en vedette les deux panélistes :
- François Crépeau, MSRC, est professeur de droit international public à la Faculté de droit de l'Université McGill. Il fut titulaire de la Chaire Hans & Tamar Oppenheimer en droit international public à McGill (2009-2022), Rapporteur spécial des Nations Unies pour les droits de l’homme des migrants (2011-2017), et membre du Comité scientifique de l’Agence pour les droits fondamentaux de l’Union Européenne (Vienne, AT) (2018-2023).
- Laura Madokoro, Collège de la SRC, est historienne et professeure agrégée au Département d’histoire de l’Université Carleton, qui est située sur les terres ancestrales et non cédées de la Nation algonquine Anishnabeg. En plus de ses nombreux articles savants et de son vaste engagement public, Mme Madokoro est l’auteure de Elusive Refuge : Chinese Migrants in the Cold War (Harvard, 2016) et de Sanctuary in Pieces: Two Centuries of Flight, Fugitivity and Resistance in a North American City (MQUP, 2024).
Anyck Dauphin s’intéresse à la régionalisation de l’immigration, la francisation des personnes immigrantes et sur leur situation sur le marché du travail. Elle a étudié sur le parcours d’insertion des réfugié·es syrien·nes à Gatineau, notamment en lien avec le système de parrainage canadien, la francisation et l’emploi.
Le panel a permis de rappeler les derniers sondages auprès de la population canadienne réalisés l’automne dernier : un peu plus de 60 % des gens interrogés qui ont affirmé qu’il y avait trop d’immigration au Canada.
Or, sans l’immigration, le Canada ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui, a souligné d’emblée Anyck Dauphin, dans son introduction. Les déplacements forcés à travers le monde ont augmenté au cours des 10 dernières années, a expliqué la professeure Dauphin.
En 2023, 3,6 millions demandes d’asile ont été faites à travers le monde et le Canada a reçu près 150 000 de celles-ci, plaçant le pays au cinquième rang, pour la première, en termes de nombre de demandes.
« Aujourd’hui, des gens de partout dans le monde viennent au Canada à la recherche d’opportunités économiques, pour la sécurité pour leur famille et leurs enfants. Certains migrent par choix, pour le travail, pour les études et pour se réunir avec leurs familles. D’autres immigrent, car ils sont forcés de se sauver en raison des violations des droits de la personne, la pauvreté, les conflits et les changements climatiques. »
La professeure Madokoro a rappelé le contexte historique de l’immigration au Canada, avec notamment l’immigration chinoise, à la fin du 18e siècle, qui a joué un rôle majeur dans la construction du chemin de fer Canadien Pacifique.
Le professeur François Crépeau a souligné que le Canada a besoin d’immigration. Les immigrants vont là où il y a des emplois pour eux, a-t-il rappelé. « Ils cherchent à construire une vie quelque part, parce que chez eux, ce n’est plus possible pour des raisons économiques, sociales, politiques, violence etc. »
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Résumé du panel :
Les migrations font partie intégrante de l’histoire de l’humanité. À l’ère moderne, la plupart des mouvements migratoires surviennent à l’intérieur des frontières des États, c’est-à-dire entre les régions rurales et les villes, et entre différentes villes. L’Organisation internationale pour les migrations estime qu’il y a eu également 281 millions de migrants en 2020 (dernières statistiques disponibles). Les gens émigrent pour le travail, pour des raisons familiales, pour les études, pour la retraite ainsi que lorsqu’ils y sont forcés à cause de violations des droits de la personne, de la pauvreté, de confits, de changements climatiques et de plusieurs types de catastrophes. L’immigration est devenue un sujet politique brûlant dans de nombreux pays, en particulier à l’occasion des campagnes électorales. Les migrants sans papier et les demandeurs d’asile sont particulièrement visés par la rhétorique anti-immigration. L’immigration est souvent associée à la question de la sécurité des frontières, à la criminalité, au terrorisme et à de multiples crises (pénurie de logements, sans-abri, chômage, accès réduit aux soins de santé, écoles surpeuplées, etc.). Pourtant, les mouvements migratoires constituent également un facteur de croissance démographique, de dynamisme culturel et de développement économique, tant dans les pays d’origine que dans les pays de destination.
Ce dialogue intitulé Migrations durables sera animé par François Crépeau et Laura Madokoro, qui exploreront la complexité des défis que l’émigration et l’immigration posent aux sociétés contemporaines. Ils examineront aussi les moyens qui peuvent être pris pour rendre l’accès à l’émigration/immigration, les processus d’émigration et les résultats des mouvements migratoires plus durables et plus justes pour les migrants, les sociétés d’accueil et les pays d’origine.
Le 3 avril 2025