Microagressions


 


Les microagressions sont des actes discriminatoires, vexatoires, qui peuvent être intentionnels ou non, qui peuvent être issus des biais et préjugés « et [d]es systèmes de pouvoir » (MCCrindle & Phirangee, 2021). Ce sont des actes brefs, des indignités verbales, comportementales ou environnementales inscrites dans le quotidien et trop souvent banalisées comme blagues, comme propos sans conséquences, «pas graves».... Elles incluent : 

  • « les actes, les remarques ou un langage corporel hostiles, dénigrants ou méprisants envers des personnes identifiées à des groupes socialement marginalisés ;
  • les propos niant ou méprisant les points de vue, les sentiments ou la réalité de certaines personnes; et
  • les propos visant à rabaisser subtilement une catégorie sociale ou une identité.» (MCCrindle & Phirangee, 2021)

 

Dans leurs travaux sur les microagressions racistes, Sue et ses collègues (2007) idenfient trois formes de ces manifestations interpersonnelles de racisme structurel :

  • des microattaques (des actes conscients et intentionnels de racisme, comme les épithètes racistes, visant à blesser une personne racisée);
  • des microinsultes (souvent inconscientes, des expressions méprisantes fondées sur la racisation);
  • des microinvalidations (des propos ou comportements qui occultent l'expérience des personnes racisées, comme le déni de l'existence du racisme, ou l'idée selon laquelle on ne voit pas la couleur de la peau). 

Les microagressions atteignent les personnes qui subissent la minorisation : les personnes racisées, les Autochtones, les membres des communautés LGBTQ2+, les femmes, les personnes en situation de handicap, notamment. Elles limitent leur participation, provoquent des malaises et des blessures, placent les personnes sur la sellette (en leur faisant porter le fardeau de se défendre contre les préjugés, par exemple, ou en étant instrumentalisé comme «représentant» du groupe auquel on l'associe). Les personnes qui vivent les microagressions peuvent sentir qu'elles n'ont pas leur place, qu'elles sont en terrain hostile, non-sécuritaire. Les microagressions ont des effets délétères sur le bienêtre des personnes qui en sont victimes, sur leur santé mentale. 


 


Il est possible et important d'agir pour prévenir les microagressions et lorsqu'on en est témoin, ou encore qu'on les commet. La façon dont on répond aux microagressions peut mener vers des attitudes défensives et alimenter un climat hostile ou, à l'inverse, provoquer une prise de conscience, une introspection, le désir de comprendre et d'agir de façon soutenante. 


 


(Davis et Mirick, 2021Noah et Souza, 2008): 

  • Réfléchissez à vos propres attitudes, préjugés, biais et attentes; 
  • Confrontez vos propres réticences et hésitations; 
  • Reconnaissez que si vous êtes une personne enseignante, vous avez du pouvoir sur les étudiant.es; 
  • Créez un climat de classe soutenant en offrant aux étudiant.es des moments pour apprendre à se et à vous connaitre afin d'encourager un climat de confiance;
    • par exemple, lors du premier cours, vous pouvez demander aux étudiant.es de raconter leur histoire ou leurs aspirations futures en 5 mots-clés et les inviter à en discuter en sous-groupes quelques minutes avant de les présenter en plénière; 
  • Encouragez les étudiant.es à accueillir l'inconfort que provoquent les perspectives et visions du monde qui leur sont nouvelles, en rappelant que cet inconfort ouvre la porte à l'apprentissage et à la croissance personnelle; 
  • Ne pas s'attendre à ce que les étudiant.es soient expert.es d'une expérience autre que celle qui est la leur. Ne leur demandez pas de parler au nom d'un groupe de personnes; 
  • Soyez conscient.e que ce n'est pas aux étudiant.es qui subissent la minorisation ou l'exclusion de souligner les microagressions ou d'éduquer les personnes du groupe-classe, nous avons tous.tes la responsabilité de nous éduquer nous-mêmes; 
  • «Présumez que les groupes auxquels vous faites référence dans votre cours sont toujours représentés dans votre classe; »
  • Si des étudiant.es communiquent avec vous pour vous faire part qu'ils.elles ont été blessé.es ou offusqué.es par vos propos, soyez à l'écoute, reconnaissez l'expérience vécue par l'étudiant.e et examinez avec lui.elle comment réparer la situation;
  • Formulez des attentes claires à l'égard des échanges et des discussions dans la classe en indiquant qu'aucun propos ou comportement dénigrant, vexatoire ou invalidant ne sera toléré;
    • il peut être utile de formuler des principes directeurs pour le groupe lorsque vous abordez des questions sensibles (par exemple : recourir aux questions de clarification plutôt que de présumer de l'intention derrière le propos, adopter une posture d'écoute, respecter le silence de ceux qui ne veulent pas s'exprimer, faire attention à son langage non-verbal, etc.)
  • Encouragez les étudiant.es à réfléchir à leurs présupposés culturels, à leur position sociale, aux enjeux de privilèges; 
  • N'hésitez pas à faire preuve d'humilité et à adopter une posture d'apprenant.e à l'égard des dynamiques de racisme, d'exclusion et de discrimination, notamment en modelant l'introspection et l'évaluation de votre position sociale; 
  • Assurez que vos propres échanges et les contenus que vous communiquez sont exempts de préjugés, de propos vexatoires, dénigrants, invalidants. 

 


(adapté de MCCrindle et Phirangee, 2021 et Noah et Souza, 2008

 

Agissez :  ne pas agir peut causer plus de dommage que d'agir de façon perfectible;

Si vous êtes témoin d'une microagression en classe, dans les échanges virtuels comme présentiels

Les conseils qui suivent sont adaptés et traduits de l'approche ACTION élaborée par Souza (2018) et de MCCrindle et Phrangee (2021)

1. «Posez des questions de clarification afin de comprendre l'intention derrière le propos/le comportement: de microagression

Je veux être certain.e de comprendre ce que tu dis. Dis-tu que ... (paraphrase) ? 

2. Adoptez une posture de curiosité plutôt que de jugement à l'égard des personnes qui ont commis la microagression

  • Écoutez activement et ouvertement les réponses
    • Si la personne est en désaccord avec votre paraphrase et attribue un sens différent à son propos ou comportement, cela peut mettre fin à l'incident. Si toutefois vous soupçonnez qu'il s'agit plutôt d'une façon de se couvrir face à un constat d'erreur, vous pouvez réitérer votre invitation à s'informer et à s'éduquer.  

Je suis content.e de savoir que j'ai mal compris, parce que comme tu le sais, ce genre de commentaire/de comportement peut...​

  • Si la personne est d'accord avec votre paraphrase, explorez l'intention derrière le propos ou comportement : 

Peux-tu m'indiquer ce que tu souhaites communiquer par ce propos/comportement ? 

Peux-tu m’aider à comprendre ce que tu veux dire ? 

  • Identifiez ce que vous observez comme problématique de façon factuelle 

Je remarque que... 

  • Explorez les impacts: demandez ou indiquez quels sont les impacts potentiels de ce type de propos ou de comportement sur les autres:

Qu'est-ce que tu penses que les autres personnes pensent quand elles entendent ce type de propos ? 

Quel message penses-tu que ce propos transmet ?

Quel effet penses-tu que ce propos peut avoir sur .... ?

  • Verbalisez vos propres pensées et émotions à l'égard des effets de la microagression

Quand j'entends ton propos, ce type de propos je me dis... je ressens ...

Plusieurs personnes pourraient comprendre ce propos/ comportement comme... 

Selon mon expérience, ce type de propos/de comportement peut perpétuer des stéréotypes ou des croyances au sujet de ... j'aimerais penser que ce n'était pas ton intention. 

 

3. Demandez une action appropriée 

Notre groupe-classe est une communauté d'apprentissage et ce type de propos ou de comportement nuit à l'apprentissage et à la relation de confiance qui le favorise. Je te demande d'éviter de t'exprimer de la sorte à l'avenir. Peux-tu t'y engager s'il vous plait ? 

Je t'encourage à repenser ta perspective sur .... pendant que nous discutons plus en détail de ces questions en classe.

J'apprécierais que tu penses à utiliser un autre terme, puisque celui que tu as utilisé est contraire à l'entente que nous avons comme groupe sur le respect.» (Souza, 2018)


 


  • Légitimez la prise de parole et reconnaissez l'effort consenti pour signaler la microagression 
  • Reconnaissez ce qui est vécu par la personne qui parle « tu as vécu une microagression, merci de le signaler et merci d’exprimer ce que tu ressens, ce que tu vis »;
  • Discutez avec la personne étudiant.e de la suite qu'elle souhaite. Soyez à l’écoute. Il ne lui incombe pas de résoudre la situation, mais elle peut exprimer comment elle souhaite que cela soit fait. Discutez avec elle des actions que vous pourriez poser et assurez-vous qu'elle soit à l'aise avec ce que vous prévoyez faire; 
  • Allez chercher des outils pour vous aider à bien (ré)agir et assurez-vous d'avoir en main les adresses courriel, numéros de téléphone, liens, etc. des services de soutien psychosocial pour accompagner la personne si elle le désire; 
  • Si vous vous sentez démuni.e pour agir, n'hésitez pas à solliciter le soutien de l'équipe du CSIPU; 
  • Le Bureau d'intervention en matière d'inconduite peut également appuyer la personne si elle souhaite porter plainte.