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Nouvelle publication pour la professeure Audrey Rousseau

La professeure Audrey Rousseau, du Département des sciences sociales, publie un article intitulé "Penser les formes sociales d’effacement au camp Spirit Lake : « Être hanté » comme mode d’appréhension du vide et méthode de production des savoirs sur le passé" dans la revue Sociologie et sociétés (vol. 57, no. 1 (2025), pages 205-235).

Cet article entreprend d’étudier ce qui reste à connaître lorsque se dégage un sentiment d’étrangeté (uncanny) de la part de la sociologue qui tente de comprendre le passé à la lumière du présent. Dans un premier temps, la professeure Rousseau fait ressortir les potentialités de l’application de l’approche de l’être hanté (Gordon, 2008) dans la sociologie de la mémoire afin de produire de l’intelligibilité quant à l’invisibilité de certaines violences (biographiques et historiques). 

Dans un deuxième temps, elle applique la proposition de l’être hanté comme un mode de révélation de la présence anonyme des femmes et des enfants au camp d’internement Spirit Lake (1915-1917), et ce, à partir d’extraits primaires des romans historiques de Skrypuch (2008) et de Massicotte (1998), ainsi que de photos de la collection Palmer (1915-1917) et de sources secondaires. Elle s'est employée à représenter certains aspects peu ou pas traités par les études antérieures, dont le travail invisible des femmes, les discriminations raciales envers des populations immigrantes non naturalisées, l’émotion de la peur comme moteur de cohésion du groupe dominant, ainsi que l’oeuvre silencieuse de la rumeur. Elle espère que la révélation entreprise afin de reconnaître des formes sociales d’effacement au camp Spirit Lake permettra à d’autres d’éclairer des zones d’ombre persistantes quant aux violences envers ces femmes et ces enfants internés, dont le déni d’humanité continue de hanter les contemporains, à commencer par la chercheuse. 

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Résumé

Cet article vise, dans un premier temps, à expliquer la proposition de « haunting » d’Avery F. Gordon (2008) — traduite en français par l’action de hanter ou d’être hanté. Celle-ci rend visibles les traces de violence sociale en interrogeant les silences de l’histoire et ses formes d’effacement par l’intermédiaire de la figure sociale du « fantôme » (ghost). Dans un deuxième temps, pour mettre à l’épreuve ce langage et cette méthode, il sera question d’étudier les « vides » liés à la présence et au traitement des femmes et des enfants internés au camp Spirit Lake (1915-1917, Québec) durant la Première Guerre mondiale. À partir d’une analyse exploratoire de sources primaires et secondaires, la démarche produira une trame explicative renouvelée des dynamiques sociopolitiques et culturelles entourant le travail invisible des femmes, les discriminations raciales envers les populations immigrantes non naturalisées, la peur et la rumeur comme moteur de cohésion du groupe dominant et ce qui persiste au-delà de la fermeture du camp.