Aller au contenu principal

Portrait de chercheuse en 4 questions

Quand apprendre se passe dehors

Geneviève LessardChaque mois, découvrez le portrait d’une personne chercheuse de l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Ce mois-ci, nous vous proposons de découvrir Geneviève Lessard, professeure au département des sciences de l'éducation qui s’intéresse à l’adaptation scolaire et à l’éducation hors les murs.

Ses recherches portent notamment sur les conditions qui permettent aux personnes apprenantes de développer leur pouvoir d’agir et de se révéler pleinement, au-delà des statuts et des étiquettes institutionnels. À travers ses travaux, elle explore notamment les approches et les environnements éducatifs qui favorisent des expériences d’apprentissage signifiantes, émancipatrices et ancrées dans la réalité.

« Je m’intéresse aux conditions qui permettent à chaque apprenant de développer son pouvoir d’agir et de se révéler de façon entière, comme personne, au-delà des statuts et/ou des étiquettes institutionnels, notamment grâce aux possibilités qu’offre l’éducation hors les murs. » - Geneviève Lessard

À ne pas manquer

UQO à ciel ouvert : apprenez dehors! Du 28 septembre au 4 octobre, l’UQO met à l’honneur l’apprentissage hors les murs dans le cadre de la Semaine UQO à ciel ouvert.

Les personnes enseignantes sont invitées à intégrer, dans la mesure du possible, une activité pédagogique à l’extérieur ou en lien avec la communauté : classe en plein air, visite sur le terrain, activité d’observation, rencontre avec un partenaire du milieu, etc. Vous prévoyez une activité? Complétez le formulaire de participation : 

Je partage mon acticité

Pour du soutien dans la planification ou la réalisation d’une activité, communiquez avec Geneviève Lessard ou Charles Antoine Rioux.

  1. Qu’est-ce qui vous a amenée à vous intéresser à ce domaine de recherche?

Mon intérêt pour l’adaptation scolaire et l’éducation hors les murs est né d’une préoccupation fondamentale : permettre à chaque apprenant de révéler son potentiel comme personne, au-delà des statuts, des étiquettes et des difficultés qui lui sont associées par les institutions. [Je déteste les cases! ;)] Au fil de mon parcours, j’ai constaté que certaines approches (expérientielles, misant sur le vécu corporel, l’enquête, etc.) et certains environnements éducatifs favorisent le pouvoir d’agir des personnes apprenantes et permettent une reconnaissance pleine et entière de la personne.

Cette réflexion m’a menée à m’intéresser à l’éducation hors les murs, qui offre des occasions riches et diversifiées d’apprendre autrement, de construire des relations significatives avec les autres, leur communauté et l’environnement qui les entoure. Aujourd’hui, mes recherches visent à mieux comprendre les conditions qui permettent à ces expériences éducatives de se développer et de contribuer à une éducation émancipatrice.

  1. Quelle question d’actualité ou du quotidien une personne non spécialiste pourrait-elle vous poser au sujet de vos recherches? Comment y répondriez-vous?

  • Question : Est-ce qu’apprendre dehors est vraiment plus efficace qu’apprendre en classe?

Je répondrais que la question n’est pas tant de savoir si apprendre dehors est « meilleur » qu’apprendre en classe, mais plutôt de comprendre ce que les approches et l’environnement extérieur permettent d’apporter aux personnes apprenantes, dont les enfants marginalisés à l’école.

Les recherches montrent que les apprentissages hors les murs peuvent répondre à plusieurs enjeux : régulation de l’attention et des émotions, apprentissages significatifs et durables, sédentarité, bien-être des personnes apprenantes et des personnes enseignantes, etc. Pour certains élèves, notamment celles et ceux qui vivent des difficultés scolaires, ces approches peuvent aussi offrir de nouvelles occasions de réussir et de se faire reconnaître. L’objectif n’est donc pas de remplacer la classe, mais d’enrichir les possibilités d’apprentissage en diversifiant les approches, les contextes éducatifs et les formes scolaires.

  • Question : Si on en connaît autant les bénéfices, pourquoi n’y a-t-il pas plus de personnes qui les mettent en œuvre?

Je dirais qu’enseigner dehors demande tout un changement de posture de la part de la personne enseignante : accepter les imprévus, la « perte de contrôle », déployer des approches dont l’ancrage est l’enfant et non le programme. La personne enseignante doit pouvoir faire les liens avec son programme de façon multidisciplinaire, non cloisonnée, à partir de ce que l’enfant fait, demande, explore, etc.

Par exemple, la diversité et la richesse de l’environnement peuvent amener les enfants à poser des questions pour lesquelles la personne enseignante n’a aucune réponse. On adopte alors davantage des postures horizontales. Il y a plusieurs transformations de la forme scolaire traditionnelle, entre celle qu’ont connue les personnes enseignantes et celle qu’on exige aujourd’hui d’elles dans une gestion éducative axée sur la performance. D’ailleurs, les universités ont certainement un rôle à jouer dans la formation et l’accompagnement des futures personnes enseignantes.

  1. En quoi vos recherches peuvent-elles faire une différence concrète dans la société?

Mes recherches contribuent à repenser les conditions dans lesquelles les personnes apprennent et enseignent. En documentant les effets et les conditions de mise en œuvre de l’éducation hors les murs, je souhaite soutenir les milieux éducatifs qui désirent offrir des expériences d’apprentissage plus signifiantes, émancipatrices et ancrées dans la réalité des apprenants.

Concrètement, ces travaux peuvent aider les écoles, les organismes et les universités à développer des pratiques qui favorisent la reconnaissance, le pouvoir d’agir et la réussite éducative, qui vise non seulement la réussite scolaire, mais aussi le développement interdépendant de toutes les sphères de la personne (affective, cognitive, sociale, psychologique, motrice, etc.).

À une époque où plusieurs enjeux sociaux et environnementaux nous invitent à repenser notre rapport aux autres et au monde, l’éducation peut jouer un rôle important pour former des personnes engagées, sensibles et capables d’agir sur leur réalité.

  1. Quelle ressource recommanderiez-vous à une personne qui souhaite découvrir votre domaine?

Je recommanderais d’abord de vivre une expérience d’apprentissage hors les murs, qui se comprend difficilement à travers les livres, mais se découvre pleinement dans l’expérience.

Pour les ressources, cela dépend entièrement de ce que la personne cherche. Si c’est pour comprendre les fondements d’une approche centrée sur la reconnaissance et la valorisation de l’enfant, je vous recommanderais une lecture qui m’a particulièrement touchée récemment, Pour une biodiversité de l’enfance : de la fabrique à la forêt, de Céline Lamy.

Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir le sujet sur le plan de la recherche, je proposerais le rapport national Grandir avec la nature, qui présente les fondements de la recherche-action participative dans un partenariat apprenant d’éducation et de recherche centré sur l’enfant et inscrit dans la réalité territoriale. Ce rapport constitue une excellente porte d’entrée puisqu’il présente les fondements, les pratiques et les retombées de la classe dehors dans différents contextes éducatifs.

Il existe plusieurs ressources pratiques, des recueils d’activités, des ressources sur les fondements de la transformation ainsi que des vidéos qui permettent de comprendre ce que cela représente.

Les capsules de Geneviève Lessard

Personnes enseignantes au primaire

Enseignement universitaire

Pour en savoir plus