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Recherche et création

Établir le portrait de la maltraitance envers les enfants

Gifler, taper sur les doigts ou donner la fessée à un enfant pour le corriger n’est plus, de nos jours, socialement acceptable. Malgré tout, au Canada, les châtiments corporels sont toujours permis en vertu de l’article 43 du Code criminel qui autorise les parents à employer la force contre un enfant, pourvu qu’elle ne dépasse pas la mesure raisonnable dans les circonstances. Une notion qui laisse place à beaucoup d’interprétation et qui malheureusement, ouvre la porte à la maltraitance et aux abus envers les enfants. De nombreuses études ont démontré que la punition corporelle est une forme de discipline violente qui est non seulement inefficace, mais qui entraîne de nombreuses conséquences pour le développement des enfants. Une position à laquelle souscrit la chercheure de l’UQO, Marie-Ève Clément, qui insiste sur l’importance de comprendre que la violence faite aux enfants est multi causales et qu’elle peut prendre la forme d’abus physiques, d’abus psychologiques et de négligence de toutes sortes. 

Professeure au Département de psychoéducation et de psychologie de l’UQO, Marie-Ève Clément est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la violence faite aux enfants (CRVE) qui vise à mieux comprendre les trajectoires et dynamiques de victimisation des enfants, leurs conséquences sur leur développement ainsi que l’efficacité des programmes et services mis en œuvre pour les aider. Elle s’intéresse tout particulièrement à l’épidémiologie de la violence à l’endroit des enfants et à l’évaluation de programmes de prévention et d’intervention. 

« On voit à travers le temps qu’il y a un changement de culture qui s’opère dans la population québécoise car les parents tolèrent de moins en moins les actes de violence envers les enfants, particulièrement sous formes de punitions corporelles. En revanche, même si le taux de signalement d’abus physiques a augmenté à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) au cours des dernières décennies, plusieurs enfants victimes d’abus échappent encore à la vigilance des autorités censées les protéger et leurs parents ne reçoivent pas toujours l’aide nécessaire »

Marie-Ève Clément

Titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la violence fait aux enfants de l’UQO

 

Dans le cadre de ses recherches épidémiologiques, Marie-Ève Clément a codirigé en 1999, 2004 et 2012, trois enquêtes panquébécoises sur la violence familiale envers les enfants avec l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Les résultats d’une quatrième étude d’envergure réalisée en 2018 ont été dévoilés en juin 2019. Dans le cadre de ces études, la chercheure a analysé les données récoltées auprès de milliers de familles afin d’en documenter l’ampleur, l’évolution et les facteurs associés aux diverses manifestations de violence dans la famille.

« Pour comprendre les causes et les effets des différentes formes de violence, qu’elles soient physiques et/ou psychologiques, il faut considérer la possibilité que les enfants puissent subir plusieurs formes (de violence) simultanément ou subséquemment, et ce, dans diverses sphères de leur vie. Avec les trois premières études, nous avons pu en savoir davantage sur différentes formes de violence et sur la négligence qui concerne l’absence de réponse aux besoins de base de l’enfant, comme les négligences physiques, cognitives et psychologiques. Nous avons également documenté les effets de l’exposition des enfants à la violence conjugale et les facteurs personnels, familiaux et socio-économiques associés à ces différentes formes de violences au sein du milieu familial », explique Marie-Ève Clément.

S’intéresser à la vulnérabilité des familles

Problèmes de santé mentale et de consommation de substances psychoactives, pressions économiques, absence de soutien et exclusion sociale, conciliation travail-famille, sont autant de facteurs susceptibles de favoriser un contexte familial de violence. Marie-Ève Clément le sait bien et travaille en partenariat avec l’Observatoire des tout-petits (OTP), sur le lien entre les contextes familiaux et les situations de maltraitance envers les tout-petits au Québec, en analysant des données de la DPJ et celles des enquêtes panquébécoises sur la violence envers les enfants.

En somme, la diminution de la violence et la maltraitance des enfants vont en partie de pair avec l’évolution des mentalités face à cette problématique et une meilleure sensibilisation de l’ensemble de la communauté. C’est pourquoi Marie-Ève Clément s’intéresse également aux programmes d’intervention et aux rôles et responsabilités des différents professionnels (psychoéducateurs, psychologues, médecins, infirmières, enseignants, éducateurs, travailleurs sociaux) qui interviennent auprès des familles dans des situations présumées de violences familiales. 

 

Pour en savoir plus sur les travaux de Marie-Ève Clément, visiter le site de la Chaire de recherche du Canada sur la violence fait aux enfants de l’UQO, le LaREM, l’Institut universitaire Jeunes en difficulté (IUJD) et de l’Observatoire des tout-petits