École multidisciplinaire de l'image

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S'endormir près du monument pendant la révolution

Exposition à la Galerie UQO

Commissaire: Marie-Hélène Leblanc

Bojan Fajfric

Milutin Gubash

Guillermo Trejo

Exposition du 30 septembre au 31 octobre

«La politique ne peut pas, si son ambition est universelle, se contenter de concentrer les intérêts des victimes. Elle doit affirmer, à l’intérieur de cette défense des intérêts des victimes, qu’il y a le mouvement d’ensemble de l’émancipation de l’humanité toute entière. C’est là qu’intervient l’idée du communisme.» 1

«Ceux qui nous disent de bien regarder la représentation des abominations de notre siècle et de bien méditer leurs causes  profondes pour éviter leur retour oublient une chose : les temps de l’histoire/mémoire ne sont pas ceux de l’histoire/vérité. D’où 
l’étrange renversement qui, à notre époque, assimile de plus en plus le mémorial au temple vide de ce qui doit rester sans 
représentation.» 2


Construite à partir des œuvres de Bojan Fajfric, de Milutin Gubash et de Guillermo Trejo, cette exposition est constituée d’une composante historique, d’une composante subjective et d’une composante politique réunies dans une approche commissariale narrative.S’endormir près du monument pendant la révolution propose une forme de récit oscillant entre l’histoire et l’actualité où l’idée du communisme devient le point de convergence. L’histoire est ici déployée dans chacune des œuvres de ces trois artistes: le récit d’une journée cruciale dans l’histoire de l’ex-Yougoslavie, l’histoire d’une carrière artistique monumentalisée ainsi que l’histoire d’une possible révolution matérialisée par l’art imprimé de même que par des objets de protestation. La trame narrative ainsi générée propose une relecture historique et suggère une nouvelle temporalité ancrée dans le présent. Ce projet d’exposition est une réaction à un fait de l’actualité où le pouvoir étatique cherche à rendre hommage aux victimes du communisme dans une capitale nationale proposant une démarche non consensuelle, mais bien réelle.

La narration opérée dans cette exposition participe à l’écriture d’un nouveau récit aux propensions nostalgiques et est construite à partir d’œuvres qui entretiennent un rapport dialogique entre elles. Cette histoire créée de trois pièces participe à une relecture de l’idéologie communiste en déployant par différents dispositifs certains éléments déterminants dans la mise en œuvre de cette idéologie, dont la reconstitution de l’histoire, le monument et la révolution.

S’endormir
La huitième session du Comité central de la Ligue communiste de Serbie s’est tenue les 23 et 24 septembre 1987. Aux yeux des historiens, cette session représente un tournant symbolique et a provoqué la montée du nationalisme et les guerres dans l’ancienne Yougoslavie. L’événement devait introduire une « révolution anti-bureaucratique » qui allait diriger la colère des masses populaires vers la transformation du système communiste à un parti unique. Mais il a surtout brutalement accru les inégalités sociales et causé des conflits ethniques. Le film Theta Rythm de Bojan Fajfric prend pour sujet le père de l’artiste et son comportement en 1987, alors qu’il tombe endormi durant l’une des plus importantes sessions politiques qui va porter au pouvoir Slobodan Milosevic. Theta Rythm consiste en une reconstitution détaillée de ce moment et de la routine quotidienne du père de l’artiste à l’époque. Dans ce film, l’artiste a interprété lui-même le rôle de son père pour remettre en scène cette journée cruciale pour l’histoire de la Yougoslavie.

Près du monument
Dans cette exposition, plutôt que de présenter un inventaire ou une liste de sa production artistique et de ses outils d’atelier (comme ce fut le cas pour son exposition rétrospective informelle In Union, à la Fonderie Darling en 2013), Milutin Gubash cherche à mettre en place une forme qui serait celle d’un casse-tête mis en espace, ou peut-être un genre de « monument » – un endroit où l’on peut flâner et contempler ce que nous attendons de l’art – fabriqué en accumulant tout l’équipement du studio et les objets résiduels des expositions, ainsi que les caisses et les œuvres qu’en tant qu’artiste il a utilisés, créés et exposés jusqu’ici. L’artiste propose ainsi un espace où une nouvelle œuvre est créée à partir des objets et des éléments qui constituent les œuvres d’art. Cette accumulation d’œuvres disponibles lui permet de créer un théâtre d’idées à exprimer, une scène laissant le spectateur intervenir en partie dans sa production. C’est l’exposition d’une exposition où les œuvres d’art deviennent des dispositifs destinés à questionner les pratiques d’exposition et où la forme devient le contenu. On y voit comment une chose exposée devient l’œuvre et comment les œuvres individuelles perdent leur signification singulière au profit d’une autre œuvre.


Pendant la révolution
De son propre aveu, Guillermo Trejo s’est toujours intéressé à la relation entre la presse écrite et les événements politiques. Il utilise les éléments visuels pour explorer des enjeux sociaux. Sa pratique artistique est donc présentée comme une forme de processus poétique, une manière critique d’entamer des discussions et de partager des réflexions sur notre réalité et notre époque. Dans son travail, il explore l’usage et l’histoire de la presse écrite. Ce qui l’intéresse, c’est d’observer la façon dont les processus d’impression sont directement en lien avec notre perception de la politique et des enjeux sociaux, ainsi que le lien étroit entre ce médium et les concepts de « révolution » ou de « protestation ». Selon lui, la qualité fragile et éphémère du papier juxtaposée au contenu révolutionnaire et militaire du texte ou de l’image rappelle par analogie les luttes politiques.


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Bojan Fajfric est né en 1976 à Belgrade, ex-Yougoslavie. Sa formation professionnelle s’est déroulée en dehors de la Yougoslavie, qu’il a quittée en 1995 pour aller étudier en arts visuels aux Pays-Bas. Il a obtenu son diplôme à l’Académie royale des Beaux-Arts de La Haye et été résident de l’Académie royale des Beaux-Arts d’Amsterdam. Ses œuvres font néanmoins toujours référence à son pays natal, à son héritage politique ainsi qu’à d’autres phénomènes sociaux. Une façon particulière de regarder l’histoire marque sa production où les souvenirs personnels s’entrecroisent avec la conscience historique collective et l’inéluctable cours des événements. L’installation vidéo est la forme d’expression qu’il privilégie. Ses œuvres ont été présentées dans de nombreux musées, espaces et galeries, notamment le Salon du Musée d’art contemporain de Belgrade, la Biennale d’art contemporain de Tirana, De Appel à Amsterdam, le MUHKA à Anvers, la galerie Tim Van Laere à Anvers, ARCUS au Japon, SPAPORT à Banja Luka en Bosnie-Herzégovine et le Salon d’Octobre à Belgrade. Bojan Fajfric vit et travaille à Amsterdam.

Milutin Gubash est né à Novi Sad (Serbie) et vit à Montréal (Canada) depuis 2005. Il a présenté des expositions au Québec, au Canada, aux États-Unis et en Europe. Il a notamment exposé au Musée d’art contemporain de Montréal (2007) et sa production a fait l’objet d’une rétrospective coproduite par six institutions à travers le Canada (Rodman Hall Art Centre 2011, Carleton University Art Gallery 2012, Kitchener-Waterloo Art Gallery 2012, Southern Alberta Art Gallery 2012, Musée d’art de Joliette 2012 et Fonderie Darling 2013). Il prépare actuellement une exposition au Musée des beaux-arts du Canada qui sera présentée en 2016. Sa pratique englobe la photographie, la vidéo et la performance et inclut souvent la participation de sa famille et amis qui incarnent une version d’eux-mêmes dans des feuilletons maison, des réinterprétations historiques et des pièces de théâtre improvisées. Par des moyens simples et des gestes souvent absurdes, Gubash questionne nos suppositions au sujet des récits de nos propres identités, histoires et environnements.

Guillermo Trejo est un artiste d’origine mexicaine basé à Ottawa. Il a obtenu un baccalauréat en beaux-arts à l'École nationale de peinture, sculpture et gravure de Mexico et une maîtrise en arts visuels à l’Université d’Ottawa. En 2014, il a participé à la Manif d’art 7 – La biennale de Québec et il a été retenu parmi les candidats au Prix RBC pour les artistes émergents. Il a été artiste en résidence à la Cleveland Foundation dans le cadre du programme Creative Fusion, ainsi qu’au Symposium international d’art contemporain à Baie-Saint-Paul. Toujours en 2014, Guillermo a reçu une bourse du Fonds national pour la culture et les arts du Mexique (FONCA), ainsi qu’une subvention de production du Conseil des arts du Canada. Par ailleurs, Trejo a œuvré comme assistant de recherche au Musée des beaux-arts du Canada. Il enseigne à l’École d’art d’Ottawa/Ottawa School of Art et dirige le projet-pilote Les Éditions de l’ÉAO qui invite des artistes locaux à créer des éditions limitées dans l’atelier de gravure de l’ÉAO.


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Cette exposition est développée en collaboration avec les Entrepreneurs du commun ainsi qu’Axenéo7 et s’inscrit dans le cadre du projet Monuments aux victimes de la liberté.

La Galerie UQO est ouverte du mardi au vendredi de 11h30 à 17h et le samedi de 13h à 16h. L’entrée est gratuite et l’ensemble des activités est ouvert à tous.